Combien pèse mon IA de travail ? J'ai mesuré l'empreinte de mes journées avec Claude
Je code avec une IA presque tous les jours, et je défends l'écoconception. J'ai voulu savoir ce que pèse une journée de travail avec Claude. Réponse : autour de 2,3 kg de CO₂e, l'équivalent de 16 km en voiture. Et ce n'est pas le texte écrit par l'IA qui pèse le plus.
Je code avec une IA presque tous les jours. Claude Code lit mes fichiers, propose des modifications, lance des commandes, et je relis. Je travaille aussi dans une agence qui défend l’écoconception. Pour que les deux tiennent ensemble, je dois savoir ce que coûte l’IA. Anthropic, l’éditeur de Claude, ne publie aucun chiffre sur la consommation de ses modèles. J’ai donc fait le calcul moi-même, à partir de mes propres données.
Une journée de travail avec Claude Code
- 2,3 kg de CO₂e, dans une fourchette de 1,3 à 4,3 kg
- 5,8 kWh d'électricité, dans une fourchette de 3,4 à 10,7 kWh
- 16 km en voiture thermique pour le même CO₂
- 71 % de l'énergie sert à relire la conversation à chaque appel
Estimation sur mes 18 journées de travail du 28 septembre au 20 octobre 2026. Médiane, et intervalle à 80 %.
Ce que j’ai mesuré
Claude Code garde sur mon ordinateur le journal de chaque conversation. Pour chaque appel au modèle, il note le nombre de tokens, les morceaux de mots que le modèle lit et écrit.
J’ai compté les journées de travail, celles où j’ai passé plus de 300 appels : il y en a 18 entre le 28 septembre et le 20 octobre 2026. Une journée type, c’est environ 1 000 appels, presque tous à Opus 5.5, le plus gros modèle d’Anthropic. Les tokens d’une journée se répartissent en trois catégories :
- 4,8 millions de tokens d’entrée nouveaux : ce que je tape, les fichiers lus, les résultats des commandes ;
- 210 millions de tokens relus : à chaque appel, le modèle relit toute la conversation depuis le début, soit environ 217 000 tokens par appel. Cette relecture passe par un cache, beaucoup moins coûteux qu’une lecture neuve, mais pas gratuit ;
- 0,52 million de tokens de sortie : ce que le modèle écrit, code compris.
Des tokens aux kilowattheures
Faute de chiffres d’Anthropic, j’ai pris les estimations publiées par des chercheurs et des ingénieurs qui ont mesuré ou modélisé des modèles comparables. Elles divergent, parfois d’un facteur dix, et aucune ne porte sur Opus. La plupart donnent une énergie par requête, que j’ai convertie en énergie par million de tokens. Plutôt que de choisir une valeur, j’ai gardé pour chaque facteur une valeur basse, une centrale et une haute.
| Facteur | Bas | Central | Haut |
|---|---|---|---|
| Texte produit (Wh par million) | 600 | 1 500 | 6 000 |
| Entrée nouvelle (Wh par million) | 130 | 200 | 400 |
| Relecture en cache (Wh par million) | 3 | 20 | 80 |
| Électricité (g CO₂e par kWh) | 270 | 385 | 416 |
| Fabrication des serveurs (majoration) | 5 % | 10 % | 25 % |
-
Compter les tokens Script
Un script lit les journaux de Claude Code et additionne, jour par jour, les tokens d'entrée, de relecture et de sortie. Rien ne quitte mon ordinateur.
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Convertir en énergie Sources publiques
Chaque type de token est multiplié par sa consommation par million, refroidissement des centres de données compris.
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Convertir en CO₂ Sources publiques
L'énergie est multipliée par l'intensité carbone de l'électricité américaine, là où le modèle tourne, puis majorée pour la fabrication des puces et des serveurs.
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Mesurer l'incertitude Simulation
Le calcul est refait 200 000 fois en tirant chaque facteur au hasard dans sa fourchette. On garde la médiane, et l'intervalle où tombent 80 % des résultats.
L’électricité retenue est celle des États-Unis : l’API d’Anthropic route les requêtes dans le monde entier par défaut, et ses grands centres de calcul sont américains. La fourchette part du réseau de Virginie, le plus dense en centres de données, et monte jusqu’au réseau du Midwest, plus carboné. C’est dans cette région, en Indiana, qu’Amazon a ouvert fin 2025 un campus de centres de données dédié à Anthropic.
Ce qui pèse vraiment
Je m’attendais à ce que le texte écrit par l’IA domine. C’est l’inverse.
Voir les données sous forme de tableau
| Indicateur | Relecture de la conversation | Entrée nouvelle | Texte produit |
|---|---|---|---|
| Part des tokens | 97,6 % | 2,2 % | 0,2 % |
| Part de l'énergie | 71 % | 16 % | 13 % |
Produire un token coûte bien plus cher que le relire : c’est pour cela que 0,2 % des tokens représentent 13 % de l’énergie. Mais la relecture se compte en centaines de millions. Chaque nouveau message fait relire au modèle toute la conversation qui précède. Plus une session dure, plus chaque échange coûte cher, même pour une question d’une ligne.
C’est le facteur le plus incertain du calcul. Aucune source ne mesure directement l’énergie d’une relecture en cache. Je l’ai déduite du prix : pour Opus 5.5, Anthropic facture la relecture vingt fois moins cher qu’une lecture neuve. Le climatologue Zeke Hausfather, qui a fait le même exercice, retient 10 % du coût d’une lecture et teste de 1 à 25 %.
À quoi ça correspond
Sur une année de 180 jours de travail, avec ma semaine de quatre jours, cela fait autour de 420 kg de CO₂e, entre 240 et 770 kg. Soit environ 5 % de l’empreinte annuelle d’un Français moyen. C’est autant que 2 900 km en voiture, pour un seul outil de travail.
Si les serveurs étaient en France
Le même calcul avec l’électricité française, à 41 g de CO₂e par kWh selon Ember, donne environ 0,26 kg par jour : neuf fois moins. Comme pour l’hébergement d’un site, le pays des serveurs fait une grande partie du résultat. Ce n’est pas un choix que j’ai aujourd’hui : l’API d’Anthropic laisse le choix entre « partout dans le monde » et « États-Unis », pas l’Europe.
Ce que je change
- Des conversations plus courtes. Une tâche par session, et je repars d’une conversation vide dès que le sujet change. C’est ce qui compte le plus, puisque la relecture pèse 71 % de l’énergie.
- Le bon modèle pour la bonne tâche. Une recherche dans des fichiers ou un tri simple n’a pas besoin du plus gros modèle. Les plus petits consomment moins, même si leurs chiffres restent à sourcer.
- L’IA dans l’atelier, pas dans le produit. Les sites que nous livrons n’appellent pas de modèle à chaque visite. L’IA m’aide à les construire, puis elle s’arrête.
- Mesurer. Le script est rejouable. Je le relance pour voir si ces changements font baisser la courbe.
Les limites de ce calcul
- Tout est estimé. Anthropic ne publie ni consommation par token, ni bilan carbone, ni la localisation de ses calculs. Mes facteurs viennent de modèles comparables, souvent mesurés sur d’autres puces que celles qu’Anthropic utilise.
- Les très longues conversations sont mal connues. Aucune étude ne mesure le coût d’un modèle qui relit plus de 200 000 tokens à chaque appel. C’est le premier risque de sous-estimation.
- Trois semaines de données seulement, sur une période de forte activité.
- Les engagements d’achat d’électricité renouvelable des hébergeurs ne sont pas comptés. Ils ne changent pas le courant qui alimente réellement les serveurs.
- La fabrication du matériel est approximée. La majoration de 10 % vient des chiffres publiés par Google pour Gemini, que j’ai recalculés : Google ne donne pas ce pourcentage lui-même.
- L’entraînement du modèle n’est pas compté, seulement son utilisation.
Pour comparaison, l’outil open source claude-carbon donnait 2,76 kg par jour sur mes données de mi-octobre, avec sa propre méthode. Les deux calculs tombent dans le même ordre de grandeur.
Sous le capot : le script
Le script tient en une centaine de lignes, sans dépendance. Il lit les journaux de Claude Code, dans ~/.claude/projects, et ne fait aucun appel réseau.
// Wh par million de tokens : bas, central, haut
const P = {
out: [600, 1500, 6000], // texte produit
inp: [130, 200, 400], // entrée nouvelle
cr: [3, 20, 80], // relecture en cache
ci: [270, 385, 416], // g CO₂e par kWh, réseau américain
emb: [1.05, 1.1, 1.25], // fabrication du matériel
};
const kwh = (f) => (jour.out * f.out + jour.inp * f.inp + jour.cr * f.cr) / 1000;Chaque facteur est tiré dans une loi triangulaire en échelle logarithmique, entre sa valeur basse et sa valeur haute. Sur 200 000 tirages, on lit le 10ᵉ centile, la médiane et le 90ᵉ centile.
Sources
- Oviedo et al., énergie par requête de l’inférence des grands modèles, Microsoft, Joule (2026) (en anglais) (nouvelle fenêtre)
- Jegham et al., How Hungry is AI?, arXiv (version 6) (en anglais) (nouvelle fenêtre)
- How much energy does ChatGPT use?, Epoch AI (en anglais) (nouvelle fenêtre)
- Electricity use of AI coding agents, Simon Couch (janvier 2026) (en anglais) (nouvelle fenêtre)
- The real energy use of agentic AI, Zeke Hausfather, The Climate Brink (en anglais) (nouvelle fenêtre)
- claude-carbon, G. Wittebolle, GitHub (en anglais) (nouvelle fenêtre)
- Mesure de l’impact environnemental d’une requête Gemini, Google (août 2025) (en anglais) (nouvelle fenêtre)
- Prompt caching : tarifs de la relecture en cache, Anthropic (en anglais) (nouvelle fenêtre)
- Data residency : localisation de l’inférence, Anthropic (en anglais) (nouvelle fenêtre)
- eGRID2023, facteurs d’émission par sous-région, EPA (en anglais) (nouvelle fenêtre)
- US electricity 2025 : intensité carbone 2024, Ember (en anglais) (nouvelle fenêtre)
- Intensité carbone de l’électricité, données Ember, Our World in Data (en anglais) (nouvelle fenêtre)
- AWS opens $11B Project Rainier data center campus built for Anthropic, SiliconANGLE (29 octobre 2025) (en anglais) (nouvelle fenêtre)
- Impact CO2 : transport, ADEME (nouvelle fenêtre)
- Impact CO2 : alimentation, ADEME (nouvelle fenêtre)
- Émissions de gaz à effet de serre et empreinte carbone de la France en 2024, SDES (nouvelle fenêtre)
L’illustration en tête d’article est générée par intelligence artificielle.
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